Le Japon de près ou de loin

Le Japon par le voyage, les lectures, la technologie ou l'actualité, vu de près, quand j'y suis, ou de loin quand je n'y suis pas...

28 février 2007

Taiwan (2)

J'avais rencontré V. (voir post précédent) de manière très indirecte par une amie d'Osaka. L'autre rencontre, J., était une relation directe de cette même amie d'Osaka. (mon voyage remonte à 2000, peu avant les élections présidentielles qui agitaient déjà l'île. Je regardai alors dubitatif les actualités à la tv dans mes chambres d'hôtel tous les soirs, essayant de deviner les enjeux, les déclarations et surtout qui allait gagner - précision, je ne parle pas un mot de chinois. Ah si, Ni hao...)

J'ai mis plusieurs jours à réussir à joindre J. au téléphone. Notre homme, était businessman, et donc très occupé, cela va sans dire.

Après quelques conversations téléphoniques, et divers changements de plan, le gars vient me prendre à mon hôtel un soir - YMCA en face la gare de Taipei - et on va boire un verre dans un Starbuck. La BMW blanche pose le gars.
Une fois installés au café, la première question, inévitable (je suis quasi à la fin de mon voyage): "qu'est-ce qui t'as le plus plu à Taiwan?"
Mince, j'ai pas préparé, vite mes fiches... Je reste classique: Taroko, Tainan, voilà (toujours préparer ce genre de questions en Asie!)
(Précision: contrairement à V. qui parlait un français de très bon niveau, J. et moi communiquions en anglais)

J. mène la conversation à un rythme très rapide. Age, statut marital. Lui a un an de moins que moi et va se marier sous peu. Moi, pas encore marié à l'époque, je confirme la réputation qu'ont les français par ici de ne pas aimer cette institution. Je lui explique - ou essaie de lui expliquer - notre goût du papillonnage... Amusant pour lui... (Je m'égare un peu, là)

Enfin, il me parle de lui. Il a son business, il fait dans l'agence d'investissement. L'année passée a été dûre (la BMW me laisse penser qu'il s'en tire quand même correctement). Quand il apprend que je fais dans les "computers", sa première réflexion : "bien, tu peux surveiller la bourse comme ça! Et en plus tu dois bien gagner ta vie dans le software!"

Nous terminons par ce qui m'intéresse le plus: Taiwan et la Chine.
Lui se sent Taiwanais, et ne voit pas l'intérêt d'une réunion des deux "pays". Approche très pragmatique : pendant qu'on ne se bat pas, les affaires continuent pour Taiwan et aussi les communistes (qui au passage lui semblent être des businessmen comme les autres, à part quelques militaires agressifs)

J. se décharge sur les générations suivantes d'une éventuelle réunification, lorsque les souvenirs directs et les haines seront du passé. D'ici là, aucune raison de se rapprocher. Vrai qu'il y a un peu de bon sens là-dedans, mais est-ce que le régime de Pékin raisonne et agit avec le bon sens? J. trouve que oui. Quand je lui dis que pour moi la reprise de Hong-Kong et Macao relèvent plus de la fierté que du bon sens, il désapprouve.

J. reste très optimiste sur l'avenir, et ne voit ni le gouvernement de Taipei aller trop loin dans la provocation, ni le gouvernement de Pékin aller trop loin dans la rétorsion (jusquà maintenant en 2007, J. ne s'est pas trop trompé...)

J. se sent Taiwanais, même s'il trouve un peu ridicule de vouloir créer "une culture Taiwanaise". Ses grands parents sont nés ici, ceci explique peut-être son éloignement face à la Chine. Il a de plus passé 8 ans aux US, sa culture business vient de là, et son détachement vis à vis du continent sans doute aussi.

Du Japon, il n'a jamais été question avec J. Ses yeux sont braqués plus à l'est.

J. me raccompagne à mon hôtel, me proposant de nous revoir un autre jour. Cela n'a pas été possible, je quittais Taiwan 2 jours après, pour... Hong-Kong...

Mes 2 rencontres de Taiwan, V. et J., m'ont apporté des visions opposées mais complémentaires sur le pays. 7 ans après, la situation n'a semble-t-il pas vraiment changé. M'est avis que mes deux interviewés n'ont pas changé de position. Reste que l'avenir de Taiwan est une question clé pour la région... Et que le président élu en 2000 est resté très sage dans les provocations...
J'ai relaté ici ces conversations, car elles résument à elles deux toutes les discussions que j'ai pu avoir sur l'île de Formose, et les deux positions fréquemment rencontrées.
Pas facile de construire un pays avec l'histoire mouvementée de Taiwan!

Posté par Thierry_Cipango à 08:00 - Chine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


27 février 2007

Taiwan (1)

Après des recherches intensives autant qu'inefficaces, j'ai fini par retrouver les notes que j'avais prises suite à deux discussions avec des Taiwanais lors de mon voyage là-bas en 2000, peu avant les élections qui allaient amener Chen Shui-bian, leader du Parti démocratique progressiste (tendance indépendantiste) à la présidence de la république.

J'ai eu donc deux contacts par une amie japonaise d'Osaka, l'un me mena indirectement jusqu'à une demoiselle, V., qui me tint compagnie quelques journées à Taiwan, et m'accompagna dans divers endroits de la capitale, tout en me parlant de son pays. Je recopie ici, mes notes:

Sur la Chine, son avis m'intéresse beaucoup: elle trouve ridicule de vouloir créer une culture Taiwanaise à côté de la culture Chinoise plusieurs fois millénaire. Elle se sent chinoise, et pour elle, le pays de l'autre côté du détroit est également son pays.
Son père vient de la région au sud de Shanghai, et est arrivé ici avec les armées de Tchang Kaï-chek. Sa mère, elle est née ici à Taiwan, ce sont ses aïeux à elle, quelques générations au-dessus, qui ont fait la traversée.

Alors la réunification, oui! mais elle se demande si elle la verra de son vivant. C'est pour elle la logique des choses. Mais elle rejoint une autre personne rencontrée à Tainan, qui m'avait résumé son avis par un "oui à la réunification, non au communisme".

V. évoque également la famille de son père qui est de l'autre côté. Il a fuit avec les armées, et a perdu tout contact avec eux lorsqu'il est arrivé ici. Eux l'ont cru mort, lui ne savait comment les retrouver. Avec la sinistre farce de la révolution culturelle et ses suites, mais aussi la taiwanisation forcéee menée par le KMT, les contacts étaient impossibles.

Il a fallu des années avant que les liens puissent se renouer de part et d'autre, mais le père de V. ne savait pas où chercher, et s'interrogeait sur l'utilité de recherches: ne tomberait-il pas sur quelques horreurs perpétrées sur le continent; et bien sûr, en Chine, on n'imaginait pas qu'il puisse-t-être vivant!
Coup de chance, coup de hasard? Il était sans doute écrit qu'ils se retrouveraient... Un ami du père de V, pour ses affaires retourne en Chine. Dans le village où tout deux étaient nés. Attraction du village, les Taiwanais sont écoutés et regardés par tout le village. Vient le moment où les continentaux demandent au visiteur de montrer des photos de là-bas. Taiwan, Taipei, les photos défilent, quand soudain, une dame demande les noms des taiwanais sur une photo. Choc: l'un des taiwanais a le même nom que son frère disparu...

Doute, espoir, facile d'imaginer les jours fiévreux pour cette dame. Elle écrit alors une rapide lettre que l'ami taiwanais va rapporter avec lui à Taipei. Et là, confirmation, la dame et le monsieur sur la photo sont frère et soeur. Facile d'imaginer les lettres qui traversent le détroit, et l'envie de se retrouver, 40 ans après.

V., à qui son père parlait souvent de la famille là-bas, put enfin coller des visages sur des gens qui n'avaient alors que des noms. Elle se découvre des tantes, oncles et cousins... Qu'elle va visiter rapidement. Son père attendra encore, et ne pourra prétexter que son frère est mourant pour enfin y aller après des mois d'attente, dus à des complications administratives et ridicules des deux côtés...

Taiwan regorge sans doute d'histoires de ce genre.

Elle me parle un peu du Japon; sans plus. La culture nippone est ici très présente. Il est rare d'entendre les discours anti-japonais qu'on peut entendre de l'autre côté du détroit. Elle connaît le Japon pour y être allée quelques fois. (On s'y est même croisés quelques années après).
Elle se souvient quand même que l'embargo sur la culture nippone - comme en Corée - a duré un bon moment, avant de tomber une dizaine d'années auparavant.

Je continuerai demain par l'autre rencontre, un jeune businessman Taiwanais, qui - c'est le moins qu'on puisse dire - a des vues assez opposées à celles de V.

Posté par Thierry_Cipango à 14:11 - Chine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 mars 2006

Lu: La face cachée de la Chine

La Chine est à la mode aujourd'hui.

De nombreux ouvrages récemment parus ou réédités essaient de disséquer le géant (en devenir) que constitue ce pays. Principalement sur l'aspect du business avec ce pays, mais pas exclusivement.

J'ai donc choisi de lire "La face cachée de la Chine" de Jean-Marc et Yidir Plantade.

Une fois le livre refermé, on déduit que le conseil essentiel des deux auteurs tient en un algorithme bien simple pour qui envisagerait de faire du business avec la Chine:
1) N'allez pas en Chine.
2) Si, malgré le 1) vous avez envie d'aller en Chine, contentez-vous d'acheter des produits là-bas pour les commercialiser en occident, avec de juteux bénéfices. Bien sûr en prenant les élémentaires précautions pour éviter les soucis genre marchandise avariée ou non conforme à la commande, etc...
3) Si, malgré le 1) et le 2), vous souhaitez aller en Chine pour vendre des produits aux chinois, ne dites pas après qu'on vous aura pas prévenu...

Le constat est brutal. Mais il ne me semble pas éloigné de la vérité. Certains commencent à gagner de l'argent à vendre aux chinois. Mais beaucoup espèrent encore. De nombreuses histoires édifiantes émaillent le réçit qui reste très intéressant de bout en bout.

Il y a peu, un chiffre a fait grand bruit dans nos médias: le PIB de la Chine en 2005 dépasse pour la première fois celui de la France ou le Royaume-Uni. Bien. Pour mémoire, la Chine est plus de 20 fois plus peuplée que chacun de nos deux pays. Qui constituent en surface à peine une province chinoise. Donc la performance reste toute relative, médiocre même, mais logique. Bien sûr, tout indique que la Chine va continuer à progresser. Elle a une marge de progression phénoménale. Les USA avaient en 2004 un PIB de 11000 milliards de dollars. La Chine, 1600. Là encore, le rapport entre les chiffres des deux populations est éloquent.

Ces chiffres - extraits du livre - remettent les choses à leur place. L'événement "médiatique" n'en était pas un. Ce qui en est un, c'est que le pays est en mouvement, et que sa puissance va grimper. Ou c'est à désespérer de ce (trop) grand pays...

Posté par Thierry_Cipango à 16:58 - Chine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 mars 2006

Nouveau service téléphonique en Chine

Lu sur le site du "Quotidien du Peuple", le site du journal "Officiel" chinois un article intitulé "Inquiétude concernant le service 'appel magique". (voir ici sur http://french.peopledaily.com.cn/VieSociale/4153403.html)

Il s'agit d'un service qui "permet aux utilisateurs de changer la tonalité de leur voix simplement en tapant un code sur leur téléphone". C'est la première fois que j'entends parler d'un tel service. Je ne sais pas si l'opérateur télécom qui a lancé ce service en Chine est le premier à avoir pensé à ça, où si des concurrents occidentaux ou japonais ont déjà introduit ce genre d'innovation.

En tout cas, ça ouvre la porte à tout un tas de blagues (bonnes ou mauvaises), mais aussi sans doute des problèmes d'identification plus sérieux. L'option "chantage de minuit" semble particulièrement croustillante. En tout cas, un cabinet d'avocat est déjà inquiet... Techniquement, j'imagine qu'il s'agit de transformer en direct la voix du farceur par des algorithmes qui changent les fréquences de la voix.

Y aura-t-il un avenir à cette techno par chez nous? Je ne croyais pas trop au succès des sonneries à télécharger. Je me suis planté. Je me garderai bien de pronostiquer quoique ce soit sur le service "Appel magique"...

Posté par Thierry_Cipango à 22:21 - Chine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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