26 mai 2007
Lu: Un autre Japon - Niels Planel
Lu ce livre: "Un autre Japon" de Niels Planel aux éditions Mille et une nuits
(ISBN-10: 2842059883 ISBN-13: 978-2842059880 )
Venu faire un stage chez Naoki Inose - un intellectuel très en vue au Japon - l'auteur nous raconte ses retrouvailles avec le pays de son enfance.
En suivant ce conseiller influent du premier ministre Koizumi, l'auteur dresse un portait du pays, "nous entraînant à sa suite à la découverte d'un autre Japon, changeant bien qu'étonamment immuable".
Assez déçu par cet ouvrage. Beaucoup de banalités (Le Japon "changeant bien qu'étonamment immuable" en étant déjà une). Je n'ai trouvé qu'un vibrant plaidoyer pour Koizumi, son oeuvre et bien sûr son "génial" inspirateur. Beaucoup de pages sur la privatisation de la poste japonaise, privatisation présentée comme essentielle pour la survie de l'archipel, pas moins... Pas convaincu je sors de ce livre. Certes la puissance bancaire de cet établissement est phénoménale, mais n'est-il pas paradoxal de demander la privatisation de ce monstre, pour mieux le maîtriser? N'y a-t-il pas d'autres moyens de mieux orienter les énormes flux financiers de ce mammouth? (Je suis pas vraiment convaincu par ailleurs de la nécessité de la privatisation du service postal que Bruxelles est en train d'imposer aux états européens...)
A part ça, deux réflexions intéressantes trouvées dans ce livre:
- Les japonais adorent parler d'eux-mêmes, il suffit de voir le nombre de livres parlant du Japon, de son économie, de sa rivalité avec les USA, etc, dans une librairie japonaise. J'avais fait le même constat, ne sachant pas vraiment l'interpréter.
- la comparaison entre l'Allemagne et le Japon d'après guerre n'est pas souvent très pertinente, car leurs environnements immédiats lors de leur reconstruction étaient radicalement différents: Europe pacifiée d'un côté, désarmée, et non sujette aux conflits territoriaux (hormis ceux liés à la guerre froide assez pacifique en l'occurrence). Asie de l'autre, champ de bataille intense de la guerre froide, et apparition du futur géant chinois, qui ne se laissait déjà plus trop marcher sur les pieds. Certes, les politiques allemands ont eu une démarche pour tenter de tourner la page que n'ont pas eu leurs homologues nippons.
Bref, pas vraiment emballé par ces 260 pages. Qui me le rachète?
02 mars 2007
Comment va la BD en 2006
Je viens de parcourir un rapport intéressant sur l'état du marché de la BD en 2006. (Voir le lien en bas).
Je reste assez surpris des chiffres trouvés:
- 4130 livres publiés en 2006.
- 225 éditeurs mais seulement 17 d'entre eux ont produit plus de 70% de ces albums.
- 44,38% sont des BDs asiatiques, 7,48% des BDs américaines (la BD locale est dépassée par la bd importée, voilà des arguments pour les campagnes électorales en cours)
Je suis assez surpris du nombre d'albums (11 par jour!) parus en 2006. La première réaction est, c'est bien, y a de la diversité. La deuxième est, je n'aurai jamais le temps d'avoir une vision correcte de ces parutions. Et finalement, ça pousse pas mal de gens à n'acheter que les valeurs sûres (séries à succès, auteurs sur-médiatisés, etc). Voir le déluge médiatique autour du pire Asterix de l'histoire, par exemple à mettre en face du chiffre de vente...
Par ailleurs, le Manga a pris une place que je ne croyais pas si importante sur ce marché (Reste qu'en valeur, un manga moyen coûte 6 à 9 euros, une BD européenne, 12 à 15 euros, ce qui, pour les vieillards non pris par alzheimer, fait quand même 80 à 90 FF!)
Des avis sur tout ça?
Le lien:
http://www.bdtresor.net/index.php/module/dossiers/dossid/12/rapport-2006-sur-la-bd-de-gilles-ratier.html
Comme je cite les données de l'étude, il faut mettre ceci:
© Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).
23 août 2006
Lectures de l'été
L'été étant souvent la période des rediffusions à la télé, j'ai adopté la même logique pour les bouquins de vacances.
J'ai donc pioché dans mon stock de bouquins parmi ceux que je m'étais promis de relire à l'occasion.
Il y a d'abord le "Kyoto" de Kawabata. (Livre de Poche Biblio) L'histoire de deux jumelles séparées à la naissance et qui se retrouvent par hasard au début de l'âge adulte. Opposition entre le Japon qui s'ouvre, et l'autre.
La rencontre que l'une attendait depuis longtemps surprend l'autre. Je laisse ceux qui n'ont pas encore lu ce petit livre découvrir la fin, et la conclusion de cette rencontre particulière.
Une bonne partie du livre est très descriptive : la vie à Kyoto, les festivals et les habitudes - notamment celles des commerçants de soiries dont le père de Chieko (l'une des 2 jumelles) fait partie. Très agréable à lire, on sent la nostalgie de ce monde en train de s'en aller qui anime l'auteur au travers de cette histoire.
Ensuite, très différent "Une carte pour l'enfer" de Miyabe Miyuki (Picquier).
L'histoire de deux filles prisonnières de ces cartes de crédit et autres officines de crédit un peu louches, qui ont plongé tant de gens dans la misère... Si l'une se laisse aller et tombe dans un cercle (de plus en plus) vicieux qui l'amène à perdre tout espoir, l'autre réagit d'une manière forte. Là aussi, je ne vais pas détailler ici l'histoire, mais l'ingéniosité de la deuxième fille, la logique avec laquelle elle joue avec les administrations et les personnes de rencontre est parfaitement expliquée. Une mécanique impeccable, qu'un "malheureux" concours de circonstances viendra interrompre.
Et on se prend, comme l'enquêteur à la fin, à trouver cette fille sympathique malgré son passé et ses actes. Et à vouloir l'entendre. Ce que l'auteur ne nous donne pas, interrompant le roman juste avant cette fameuse rencontre. Ce qui finalement est mieux.
Sinon, en "première lecture", "le Sabre des Takeda" de Yasushi Inoue (Picquier). Je suis moins emballé à dire vrai.
Et puis, "Out" de Natsuo Kirino (Seuil)
Quatre femmes se retrouvent autour du cadavre du mari de l'une d'entre elles. La suite est assez déroutante; elles passent de la fabrication des fameux bentos dans l'usine où elles se sont rencontrées à une industrie bien plus rémunératrice mais en dehors de la légalité qui les fera s'éloigner les unes des autres après les avoir enrichies.
La descente progressive de ces femmes est méticuleusement décrite, entre leurs maris ou amis qui s'éloignent, leurs enfants qui ne les voient plus que comme aides ménagères, leur boulot de nuit et cette nouvelle activité.
16 janvier 2006
Livres: Retour sur les achats du mois de décembre
Achats :
- Kim Sung-Ok : Voyage à Mujin (Zulma) : des nouvelles qui me laissent sur ma faim.
- Saikaku : La lune de ce monde flottant (Picquier) : plusieurs réçits sur la vie dans le monde flottant des villes du Japon à la fin du XVIIè. Sous couvert de réçits un peu moralisateurs, une description assez précise des personnages que l'on pouvait alors rencontrer sur place... Sans doute pas très loin de ce qu'on y trouve de tout temps...
- Kazushige Abe: Projection privée (10/18) : pas très emballé par ce réçit d'un gars qui voit son passé de membre d'un obscur groupe resurgir lorsque d'autres membres de ce même groupe sont tués dans un accident de voiture.
Ce dernier roman m'a fait me souvenir du livre "Les fanatiques - L'histoire de l'armée rouge japonaise" de Michaël Prazan (Seuil), une étude très documentée sur l'Armée Rouge. Description de la constitution du groupe qui deviendra terroriste, des diverses purges qui firent émerger les dirigeants de ce mouvement, dont la fameuse Fusako Shinegobu, arrêtée au Japon après des années de cavale - notamment au Proche-Orient - à Osaka en 2000. Très intéressant pour comprendre ce mouvement et les divers parcours. Je ne sais pas ce qu'est devenu la dame, une fois jetée en prison. Elle avait pris un grand risque en revenant au pays.
16 décembre 2005
Lu: Le vieux jardin (Hwang Sok-Yong)
Chez Zulma, j'ai terminé il y a quelques jours "Le vieux jardin" d'un auteur coréen : Hwang Sok-Yong.
C'est l'histoire de monsieur O, qui sort de prison après 18 années passées à l'ombre. La Corée a beaucoup changé entre le début des années 80 et la fin des années 90. Le livre est l'histoire de son retour dans le présent, avec de nombreux retours en arrière, consacré à son itinéraire de contestataire de la dictature, et surtout de celui de la femme qui l'aime, mais qui continue à vivre dehors pendant toutes ces années. Elle rate de quelques années le retour de Mr O: la maladie la fauche...
Un portrait de la Corée de ses années de lutte, doublé d'une comparaison avec ce qu'est devenu la Corée aujourd'hui. Avec en conclusion, la rencontre avec la fille qu'il a eue avec la femme aimée, et dont l'existence ne lui est révélée que peu après sa sortie...
Gros pavé, très intéressant. En allant en Corée en 1997, je savais que le pays avait traversé des troubles très forts après la 2ème guerre mondiale, depuis la guerre de Corée jusqu'aux derniers soubresauts de la dictature du sud. Je ne pensais pas que les années 80 avaient été aussi agitées et violentes.
L'envie de retourner en Corée me reprend depuis quelques temps. La ville de Séoul m'a laissé un souvenir très différents des autres villes asiatiques que j'aime. Quelque chose de spécial.
Achats du jour:
- Kazushige Abe: Projection privée (10/18)
- Saikaku : La lune de ce monde flottant (Picquier)
- Kim Sung-Ok : Voyage à Mujin (Zulma)
Bon, si j'en reparle pas dans quelques jours... Faudra en tirer les conclusions qui s'imposent.
13 décembre 2005
Lu: Ikebukuro West Gate Park
Aux Editions Picquier.
Ces éditions m'avaient habitué à mieux. Dommage.
Histoires d'une simplicité déconcertante, héros très intelligent qui se la pête pas trop, tout en frimant implicitement. Son statut de narrateur n'aide pas, la fausse modestie est lourde à force...
L'inévitable otaku qui traîne par là, qui voit ce qu'il n'aurait pas du voir de sa fenêtre de reclus volontaire. Du sexe, ce qu'il faut pour titiller, sans sombrer dans la facilité (à la limite, on se demande si ça aurait pas été mieux...)
Affrontement de bandes, crimes sordides, malheureusement on n'a pas plaisir à savoir qui et pourquoi, tellement c'est assez évident. J'espérai mieux connaître ce quartier pour lequel j'ai un attachement particulier, car mes premières nuits au Japon se passèrent à deux pas de la gare d'Ikebukuro et du quartier louche. Mr Ishida Ira (l'auteur) ne m'aidera en rien dans cette envie de connaître ce coin de "mon" Japon. Pas le genre de bouquin dont je m'encombrerai pour aller à la découverte de ce quartier, même si on sent que l'auteur le connait.
C'était ma déception du jour. Et le manga "qui s'est vendu dans le monde entier" (dixit Picquier) ne vaut guère mieux. Et le film?
24 novembre 2005
Lu: Tokyo décibels (Hitonari Tsuji)
Présentation en 4ème de couverture:
"Arata est chargé par la mairie de contrôler les nuisances sonores de son quartier. Son appareil à mesurer les décibels en main, il parcourt Tokyo. Très vite se fait jour en lui l'étrange projet d'établir une carte sonore de la mégalopole. Ballotté entre Fumi, sa compagne qui s'éloigne de lui et qu'il finira par mettre sur écoute, et Mariko, sa partenaire de jeux érotiques qui répond au téléphone rose, Arata cartographie et donne forme à son trouble dans une ville devenue chambre d'échos de ses dissonances intérieures. Avec ce roman singulier et vibrant, Hitonari Tsuji déploie une Carte du Tendre où intrigues, incompréhensions, désirs passent par l'ouïe, masque et révélateur des sentiments... "
Je ne connais pas l'auteur. Ma douce me dit que c'est quelqu'un d'assez connu au Japon, assez style show biz. "Hitonari Tsuji est poète, romancier, leader et chanteur d'un groupe de rock japonais, cinéaste et photographe". Voilà comment l'éditeur (Naïve) nous présente son poulain. Ca me semble un peu trop pour un seul homme, mais pourquoi pas... L'avantage d'être extérieur à la culture de l'auteur, c'est qu'on n'est pas "pollué" par le bruit médiatique local. Et je sais qu'il peut être assourdissant dans l'archipel...
D'ailleurs, puisqu'on est dans le bruit: l'histoire de cet Arata, un peu fanatique des sons est très originale. Mais autour de lui, les personnages valent aussi le détour: Fumi, Mariko, les deux personnages féminins, sans oublier Ikuo, le copain de fac. Je dois avouer que le plus sympathique des personnages est Mariko. J'aimerai mieux la cerner et comprendre ce qu'elle espère de la vie et des hommes. Cela dit, l'histoire est plus centrée sur Arata qui a du mal à assumer sa vie de couple presque établi. Le résumé de l'éditeur nous dit qu'il se sent balloté entre les deux filles de ce moment de sa vie. Il ne sait vraiment choisir, les circonstances vont se charger de réduire ce choix. Sachant de plus que Mariko n'est pas vraiment présentée comme un choix possible...
La fin reste assez prévisible, même si le départ de Fumi, son éloignement et la raison de celui-ci me convainquent moyennement.
Alors que j'approchai de la fin du texte, j'avais envie de dire qu'il manquait quelques pages à ce petit livre bien agréable - malgré tout - à lire. En effet, Fumi s'en va, mais on aimerait savoir comment Arata va prendre ce départ dont il se doutait, et comment vont réagir les deux autres protagonistes.
Lors de mon prochain voyage à Tokyo, j'irai vérifier si les cloches des temples s'entendent si bien aux alentours de Shinjuku...
16 septembre 2005
BD: Okko
De même manière que les mangas, les bandes dessinées européennes d'inspiration japonaise me plaisent en général assez peu. Une exception récente, Okko (voir le site web de la série ici).
Le Japon y est source d'inspiration. Parfois expliçite, et parfois cachée. Ca dépend. Le lieu de l'action est imaginaire. Mais tout fait penser au Japon. Dommage que l'auteur n'y soit jamais allé, il n'aime pas l'avion. C'est en fait la seule chose que je lui reproche. (Le pays me semble mériter beaucoup plus que les fantasmes de certains qui parleraient des heures d'un pays qu'ils ne connaissent pas...) Le Japon de légende et le Japon d'aujourd'hui ont, il est vrai, peu en commun au premier abord.
Mais ici, l'univers est original, le dessin plaisant. On est au Japon tout en étant ailleurs. L'auteur a pris ce qu'il voulait de la réalité et de l'histoire pour créer son monde. J'attends le deuxième tome avec impatience.
21 août 2005
Sur quelques mangas
Pour les vacances, j'ai replongé un peu dans les mangas. "Blood Rain". Deux tomes parus (en français).
Personnages assez simples, histoire prévisible, mais qui se lit bien. Le "méchant" ne constitue pas une surprise, et les gentils sont un peu niais, à l'image de l'héroïne, qui se laisse malgré tout violer un peu trop facilement. Bref, pas un chef d'oeuvre!
Ma dernière tentative dans le domaine était la série "Battle Royale". J'avais au départ été séduit par l'approfondissement des personnages que le film n'autorisait pas. Mais au bout de 9 tomes, la veine a été exploitée jusqu'à la corde, et je me suis lassé: le 10ème tome est resté chez mon libraire.
Je m'aperçois que dans le domaine de la BD, j'accroche assez peu au "phénomène" manga, restant fidèle à la BD dite franco-belge. Les jolies filles généralement bien déshabillées des mangas attirent malgré tout mon regard.
Voilà un domaine où je ne suis pas la nippomania ambiante...
02 juillet 2005
Lu: Je suis un chat (Natsume Soseki)
Ce roman raconte la vie quotidienne d'un professeur d'anglais de Tokyo et de ses amis alors que le Japon, avec la réforme Meiji, s'ouvre à l'occident et change jour après jour.
Le narrateur est le chat du professeur, qui tout en étant très conservateur, observe et juge son maître qui a beaucoup de mal à trouver sa place dans le nouveau Japon en cours de construction. Les intellectuels tels que ce professeur ne sont plus les personnes dont le pays a besoin, et les nombreuses discussions rapportées par le fin observateur félin montrent l'incompréhension face à la société en évolution rapide. Un Japon s'éteint, un autre nait, l'auteur nous montre avec beaucoup d'humour les problèmes posés par la réforme, et comment un certain nombre de personnes sont ainsi laissées sur la route, et ne comprennent pas pourquoi tant de choses doivent changer...
J'attaque ma troisième lecture de ce livre, qui donne toujours autant de plaisir.
Gallimard - Connaissance de l'Orient - ISBN2-07-070634-6
